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LePoint

June 7, 2007


by Par Gail Edmondson and Jennifer  L. Schenker


Le Nouvel Eldorado

Boudées il y a quelques années, l'Europe centrale et la Russie ont aujourd'hui la faveur des grands investisseurs.

Où se trouve le nouvel eldorado? La question est sur les lèvres de tout investisseur qui se respecte. En 2004, les start-up russes n'avaient de toute évidence pas la cote, comme vous le dira Sven Lingjaerde, spécialiste du capital-risque et fondateur de l'European Tech Tour Association. Sven Lingjaerde avait à l'époque organisé une visite à Moscou à l'intention de 53 confrère Ai es Etats-Unis et d'Europe de l'Ouest. Aucun des 25 projets présentés au groupe n'avait alors obtenu de financement.

Trois ans après, changement de décor. Huit de ces entreprises ont aujourd'hui de solides soutiens financiers en Occident. Et selon certaines estimations, la valorisation de trois d'entre elles pourrait dépasser le milliard de dollars.

Les investisseurs commencent enfin à promener leur lorgnette au-delà de la Chine et de l'Inde et consacrent davantage de temps, d'énergie et d'argent aux puissances en plein essor d'Europe centrale et orientale. Au moins 500 millions de dollars sont aux mains de fonds ciblant la région, et bien davantage provient de fonds intervenant à l'échelle mondiale et qui entrevoient le potentiel de l'ancien bloc soviétique. Forte d'un vaste vivier de talents en innovation high-tech et d'un produit intérieur brut progressant à raison de 6% à 9% par an, l'Europe de l'Est pique la curiosité des spécialistes du capital-risque de tous ordres. D'après Yoav Sarnet, chargé de la veille sur les entreprises de la région chez Cisco Systems: "Si l'on regarde où, dans le panorama mondial, se portera la prochaine vague de capital-risque, c'est sans l'ombre d'un doute en Russie et en Europe centrale et orientale."

Certains investisseurs sont même d'avis que la région pourrait bientôt faire de l'ombre à l'Inde et à la Chine en matière de naissance de start-up dotées d'un potentiel international. D'accord, l'Inde s'est érigée en plaque tournante mondiale de la sous-traitance informatique, mais la recherche et le développement purs et durs y occupent la portion congrue. De l'avis de nombreux investisseurs, les Russes, les Polonais et les Roumains excellent au contraire dans cette veine créative dont les start-up du secteur high-tech ont besoin pour innover et se placer à l'avant-garde. "L'Europe centrale et orientale a dès à présent meilleure presse que la Chine et l'Inde, explique Scott Maxwell, cofondateur d'OpenView, qui a investi 30% d'un fonds high-tech international de 100 millions de dollars dans la région. Leurs technologies sont plus sophistiquées."

Au dire des investisseurs, la région est une aubaine grosse de formidables promesses commerciales, rendues possibles par l'exportation des produits et du savoir-faire de ses start-up à des clients du monde entier. Selon certains, la valorisation des entreprises high-tech atteint seulement 10% de celle d'entreprises américaines analogues. "Des gains considérables sont possibles si la technologie s'impose, moyennant une mise de fonds modique", explique Richard Stokvis, associé de la banque d'investissement londonienne Europa Ventures et spécialiste en équipement médical de pointe, qui fait du conseil auprès des investisseurs en capital-risque dans la région.

Pour l'heure, si la Russie fait beaucoup parler d'elle, c'est à cause de la soif de consommateurs spé ialement nantis. La téléphonie sans fil et Internet explosent. Et devant la réussite des Yandex et autres Ozon, les versions russes de Google et d'Amazon, aucun doute ne subsiste quant aux bénéfices que peuvent espérer des prestataires au service des 150 millions de consommateurs russes.


Le Pour et Le Contre

Les investisseurs ont d'ailleurs réagi au quart de tour. Sous la direction du légendaire Franklin "Pitch" Johnson, Asset Management, situé à Palo Alto, en Californie, a lancé un fonds de 104 millions de dollars du nom de Bioprocess Capital Partners. Il se fera une spécialité des biotechnologies russes et le Kremlin y prendra une part de 52 millions de dollars. Après une carrière dans le high-tech, Roel Pieper, aux Pays-Bas, a créé un nouveau fonds consacré aux entreprises russes, en particulier dans le secteur des technologies de l'hydrogène et des avions légers. Et Alexander Galitsky, entrepreneur russe converti dans la finance, s'apprête à lancer un fonds dans le courant de l'année, en partenariat avec des investisseurs en capital-risque occidentaux dont l'identité n'est pas connue. "Ce n'est que le début, assure l'Américain Joe Bowman, qui travaille pour le fonds Russian Technologies, spécialisé dans les entreprises en phase de démarrage ("early stage"). Le capital-risque russe entre dans une nouvelle ère."

L'aventure russe conserve pourtant son lot de risques, ce qui retire sans appel le pays du périmètre d'un certain nombre d'investisseurs. Aux prises avec la corruption rampante, les transformations de l'environnement juridique russe et la concurrence des acteurs locaux argentés, les capital-investisseurs occidentaux peuvent en effet avoir la vie dure en Russie. Une raison de ne pas y aller, c'est la quantité de devises russes en circulation, commente Pekka Santeri Miki, gérant principal de 3TS Capital Partners, qui a tourné le dos à la Russie au profit de l'Europe centrale et s'apprête à faire affaire avec deux start-up roumaines du secteur high-tech.

De fait, l'Europe centrale ne manque pas d'esprits talentueux et de techniques prometteuses qui attendent leur heure. L'investisseur new-yorkais Jasinski a visité 50 entreprises en Pologne l'an denier et a été impressionné par la start-up Medicalgorithmics, qui a récemment reçu en Europe l'autorisation de mise sur le marché d'un moniteur d'ECG communiquant sans fil ses données au médecin du patient. Medicalgorithmics est le premier investissement de New Europe Ventures, un fonds de 50 millions de dollars tourné vers l'Europe de l'Est.

Si les talents ne font pas défaut dans la région, c'est du côté managérial que le bât blesse. Aussi certains investisseurs transmettent-ils leur savoir-faire financier et marketing. Les bailleurs américains et européens de LogMeln, fabricant d'un logiciel apprécié permettant d'accéder à des PC à distance, ont enjoint à l'entreprise de transférer sa direction marketing à Boston, ce qui a permis de faire décoller les ventes, qui ont doublé cette année pour s'établir à 40 millions de dollars. Même scénario pour le russe Acronis, fabricant de logiciels spécialisé dans les programmes de sauvegarde et de restauration de données: si4 es 150 membres de son équipe de recherche et développement sont restés aux portes de Moscou, son siège a migré à Burlington, dans le Massachusetts, et un PDG américain a été engagé pour doper les ventes mondiales.

L'effervescence de la Bourse de Varsovie a par ailleurs agréablement surpris les acteurs du capital-risque. L'an dernier, 38 entreprises ont levé au total 1,9 milliard de dollars lors de leur inscription à la cote de Varsovie, la deuxième Bourse d'Europe après Londres. De quoi alimenter cette année-là une hausse de 42% de l'indice de référence varsovien. Depuis janvier 2007, 19 entreprises leur ont emboîté le pas, permettant à ce jour une nouvelle hausse de 18%. Soucieuse de renforcer sa dimension régionale, la Bourse de Varsovie lancera en octobre un second marché destiné à accueillir les start-up high-tech. Les poulains de la Bourse de Varsovie pourraient bientôt être rejoints par une poignée de start-up russes méditant une entrée en Bourse. A commencer par l'entreprise moscovite Yandex et son moteur de recherche qui, en dix ans d'existence, s'est adjugé la moitié du marché russe, contre 15% acquis à Google. Son chiffre d'affaires a doublé l'an dernier pour s'établir à 72 millions de dollars, et sa capitalisation pourrait avoisiner le milliard de dollars dans l'éventualité d'une entrée en Bourse.


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